1 tagged article Le désespoir

Le désespoir 07/08/2016


PDV Ludvina Larisla :
 
<<-Je t'aime,
Peu importe les problèmes,
Peu importe les regards méprisants
Que nous jettent les passants,
Je t'aimerais toujours,
Car tu es mon amour,
Celui qui illumine mes nuits,
Celui qui m'a rendu la vie,
Moi qui voulais la quitter
Tu m'as rendue l'envie de lutter,
Grâce à toi j'ai cessé de déprimer,
Grâce à toi je connais
Enfin la douce saveur
Que possède le bonheur...>>
 
Je me mets à pleurer, en lisant ces quelques lignes. Mayu les as écrites pour l'anniversaire de sa rencontre avec Kyoya. Le pire, c'est que je sais très bien que tout est vrai. Absolument tout. Ces vers qui pourraient sembler faux sont tous bien réels. Ma s½ur ne les as pas écrits parce qu'ils sonnaient bien ou quoi que ce soit, elle a mis tous ses sentiments dedans. Jusqu'à il y a un an, elle était réellement au bord du suicide. À part moi et notre petite s½ur, personne ne l'aimait, et encore, je sentais bien que même nous, nous ne pouvions pas la comprendre. Heureusement, elle l'a rencontré avant d'avoir pu faire une bêtise. Il était exactement dans la même situation qu'elle, et il se sont aidés mutuellement à sortir de dépression. Certes, ils n'ont toujours pas grand-monde qui les aiment, mais au moins, ils se comprennent. Ils sont faits l'un pour l'autre, ce sont des âmes s½urs, personne ne peut le nier. Et c'est ça, ce qu'il y a de tragique. Car moi non plus, je n'allais pas bien. Mayu n'était pas la seule à penser à la mort à longueur de journée. Moi aussi, j'étais infiniment malheureuse. Avais-je déjà été autre chose, de toute façon ? Non. Je n'étais rien d'autre qu'une gamine dépressive que personne ne comprenait. On aurait pu croire que comme nous étions toutes les deux dégoûtées de la vie, nous nous serions comprises, mais c'est faux. Elle détestait vivre parce que tout le monde la haïssait, et moi, je voulais en finir parce que personne ne me remarquait jamais. D'ailleurs, personne n'a jamais vu que j'étais triste. Et personne ne s'est jamais rendu compte que je crevais de jalousie envers ma s½ur. La haine, ça a beau être terrible, c'est toujours un sentiment. On existe, quand on est haïe. Le pire, c'est l'indifférence. Je n'étais même pas sûre d'être réellement là. Alors, j'ai tout fait pour qu'on me remarque. J'ai fait courir de fausses rumeurs complément délirantes sur moi, j'ai arrêté de cacher mes différences pour au contraire les mettre en valeur, et surtout, j'ai tout fait pour accomplir quelque chose. Inventer une machine ou un objet révolutionnaire étant trop complexe pour moi, je me suis tournée vers le domaine artistique, et j'y ait consacré presque tout mon temps. Mais rien n'y faisait. Je n'avais pas de talent, et j'étais transparente. Pourtant, je n'ai pas lâché prise. J'avais besoin de me prouver que j'étais vivante. C'est à ce moment là que j'ai rencontré Kyoya. Nous sommes devenus amis en un rien de temps. Vous n'avez pas idée d'à quel point j'étais heureuse. Quelqu'un faisait attention à moi. Pour cette simple raison, je suis tombée amoureuse de lui. Seulement... Moins d'une semaine plus tard, il a rencontré ma s½ur. Et ça a été le coup de foudre. Il m'a néanmoins fallu un mois pour m'en rendre compte. Un mois. Exactement le même laps de temps dont Kyoya a eu besoin pour complètement m'oublier, et ne plus se servir de moi qu'occasionnellement, comme un bouche-trou. Je vous laisse imaginer mon désespoir. Une fois de plus, je m'étais bercée d'illusions, et quelqu'un les avait détruites. Et ça faisait affreusement mal. Alors oui, je me suis bien rendue compte que je n'étais pas faite pour Kyoya, contrairement à ma s½ur, mais même le fait de savoir qu'ils étaient heureux ensemble ne m'a pas réconfortée le moins du monde. Je savais très bien que c'était égoïste, mais je les haïssais pour connaître le bonheur alors que moi, je ne faisais que souffrir. De plus, j'enviais déjà Mayu quand elle était détestée, alors, quand elle était aimée... Je ne pouvais tout simplement pas le supporter. Et le plus horrible, c'est que je ne le peux toujours pas. Je suis toujours une adolescente dépressive et transparente, amoureuse du petit ami de sa s½ur, et qui vit un Enfer. Je relis la lettre. La douleur est insoutenable, mes larmes redoublent, mais je continue. Je veux simplement en finir... Je veux que mon c½ur soit entièrement brisé, comme ça je n'en aurais plus, et tout ça me sera bien égal ! Mais même ça, je n'y parviens pas. Alors, je m'enfuis dans ma chambre, ferme la porte à clef et pleure, repliée sur moi-même, jusqu'à être à court de larmes. Je n'en peux plus... C'est trop dur, d'aimer son bourreau... C'est trop dur, d'aimer quelqu'un qui te détruis petit à petit chaque jour, et qui ne t'accorde même pas un regard après cela, pour te donner l'illusion que tu existe, et que ton calvaire sert à quelque chose ou à quelqu'un. Mais non, même pas. Il est inutile. Si au moins l'Enfer qui est devenu mon quotidien rendait quelqu'un d'autre heureux, je le supporterais bien plus facilement. Cela donnerait un sens à ma vie. Elle en est tellement dépourvue que même ça, ça me paraîtrait magnifique. Souffrir pour un autre. Cela doit être bon... Au moins, si c'était mon cas, je pourrais me réjouir à chaque coup qui s'abat sur mon âme et mon esprit : "Oui, ça fait mal, mais c'est utile. Je sers à quelque chose. Je sers à quelque chose !". Mais même cette pauvre compensation, on me la refuse. Ma vie n'a aucun sens, ma douleur n'a aucun sens, et ma mort n'aurait aucun sens. Et ça fait encore plus mal. La pire torture est celle qui ne profite à personne. Soudain, la voix de Mayu retentit dans la maison.
<<-Ludvina ?! Appelle-t-elle.>>
Aussitôt, j'essuie mes larmes, et m'observe un instant dans le miroir. C'est bon. On ne voit pas que j'ai pleuré. Je sors de ma chambre.
<<-Qu'est-ce qu'il y a ? Je demande.
-Tu peux venir en bas une minute ?!>>
Je descend les escaliers, et me rend compte qu'elle est à moitié dans les bras de Kyoya. Je me doute bien qu'ils sont allés dans un endroit spécial pour fêter l'anniversaire de leur rencontre, mais je ne sais pas lequel. Je ne veux pas le savoir. Je veux tout oublier, jusqu'à leur existence à tous les deux. Elle s'éloigne très légèrement de son petit ami.
<<-Tu as aimé mon poème ? Tu pense que je peux le lui donner ? Chuchote-t-elle à mon oreille.>>
Je hoche la tête, et tente de sourire, mais apparemment, être détachée de Kyoya pendant une fraction de seconde est beaucoup trop pénible pour elle, et elle se recolle à lui aussitôt qu'elle a terminé sa phrase. Et pour rattraper le temps perdu, ils s'embrassent. J'ai envie de vomir. Mayu semble le remarquer, et l'interprète de travers. Évidemment.
<<-Ne fais pas cette tête, Ludvina, toi aussi tu le trouveras ton Grand Amour, un jour ou l'autre ! C'est juste une question de temps, tu verras !>>
Mon Grand Amour ? Oh, mais je suis sûre qu'il existe, quelque part sur cette planète. Seulement, je sais aussi que, si c'est une question de temps, je ne le trouverais pas. Je me rend bien compte que je ne serais jamais capable de tenir une année de plus dans cette Enfer-là. Je suis à bout, ma très chère s½ur et bourreau.


Mon temps s'est déjà entièrement écoulé...

Tags : Le désespoir - One-shot